"Vers la lumière" de Naomi Kawase


Une fois n’est pas coutume, je vous présente un film que j’ai aimé : "Vers la lumière" de Naomi Kawase.
    
     Ce film parle de la difficulté à transmettre une scène par les mots, avec la bonne distance. Il parle du travail minutieux et patient pour choisir les mots, de la difficulté à susciter des émotions chez chacun, à dévoiler le visible tout en ne le figeant pas dans une interprétation unique. On comprend que l’exercice est difficile quand on assiste à la confrontation entre une audio-descriptrice de films et des malvoyants qui lui donnent leur avis pour l’aider à faire évoluer son texte. Les malvoyants ont, comme on peut l’imaginer, une imagination féconde, une capacité à ressentir des émotions avec peu de mots ; ils ont une sensibilité exacerbée aux mots. Leur imagination leur est encore plus nécessaire pour donner corps à une scène qu’à ceux qui disposent de leurs cinq sens. Ils ont développé une hypersensibilité à ce qu’ils entendent pour compenser la cécité qui les paralyse. Ils sont avides de sensations. Ils ont besoin de mots justes et ils sont impitoyables quand la description de cette audio-descriptrice s’apparente à une transmission simpliste de sentiments. Ils le lui font remarquer avec leurs mots, sans détour. Un très bon film donc dans lequel Naomi Kawase nous livre sûrement ici ses doutes d’écrivain.

      D'autres thèmes plus classiques comme la perte (celle du père), du temps qui passe, sont abordés, mais ce n'est pas ce qui a retenu mon attention. Une histoire d’amour lie l’audio-descriptrice à un des malvoyants, un photographe qui perd progressivement la vue. Tandis qu’elle ouvre les yeux sur le monde des malvoyants, une relation d'amour prend forme. Naomi Kawase emploie des images fortes pour illustrer cet amour : il lui offre une photo très particulière. Elle lui demande de partager des souvenirs visuels qu’il a photographiés, qui lui rappellent son passé à elle et son père disparu.

      J'ai moins aimé les plans trop serrés au mouvement saccadé quelques fois (une ou deux scènes seulement), un peu comme je regrette les phrases trop hachées utilisées en littérature pour donner un style haletant et dont beaucoup d'écrivains abusent. Cela reste malgré ce bémol un film que je recommande et que je vais revoir. J’ai aimé les plans serrés sur les visages avec le grain de peau en gros plan. On voit les creux, les irrégularités, les pores, la peau qui se colore ; le maquillage ou peut-être l’absence de maquillage met en scène des visages sur lesquels l’émotion est visible, ce qui rend les personnages très attachants.

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